Extrait | Nova, 97% d’approbation

Chapitre 1

Une détonation retentit.
La foule fut saisie. Des pleurs, de la terreur et des cris.
Le bouclier plasmique se désactiva au pire moment. Nova chuta. Les masses grouillantes autour d’elle avalèrent son hurlement. Avait-elle seulement hurlé ? L’image du canon de l’arme devant elle s’effaça au profit de la tache de sang maculant peu à peu sa tunique de vinyle. Une voix bienveillante s’éleva, scandant en boucle un même message.
— Mesdames, Messieurs, nous vous remercions de bien vouloir vous diriger calmement vers les sorties les plus proches en suivant le marquage lumineux au sol. Le Nexus Scriptorium vous remercie pour votre visite. Bonjour chez vous.
Une douce mélodie accompagna les pas des consommateurs tout aussi efficacement que les droïdes CJ270 et leurs partenaires humains. Toutefois, un remous inhabituel parcourut les rangs. Presque une contestation. Un nom, un seul flottait sur toutes les lèvres : Nova. Bientôt, des curieux interpellèrent les soldats. Un groupe refusa d’avancer. Et un autre. Encore un autre. Des questions, des exigences — du mécontentement, voire de la contrariété — se manifestèrent.
— Mesdames, Messieurs, nous vous remercions…
La voix fut couverte. La peur avait disparu. L’auteur de l’attentat avait été maîtrisé — qui résistait aux CJ270 de toute façon ? Seule sa cible méritait désormais l’attention. L’idole ne s’était pas relevée.
— Nova ! hurla un adorateur, bientôt repris par une multitude d’imitateurs.
Une projection translucide apparut au milieu de ce capharnaüm : un homme, Miso Rendor, le propriétaire — l’homme d’affaires, l’homme politique, l’homme à tout faire et qui fait tout — de l’incroyable complexe bibliothécaire, le fameux Nexus Scriptorium. Accessoirement, maire de la capitale Mésopolis — future Misopolis, personne n’en doutait. Ce jour n’était pas son jour. Un sourire crispé figeait sa face autant que ses cheveux. Parfaitement laqués, ces derniers lui conféraient cette allure à la mode deux siècles plus tôt.
— Mes amis… Tout va bien !
— Nova ! continuèrent les importuns.
Agacé, l’homme se renfrogna et força sur ses zygomatiques. Le plan s’élargit sur l’estrade. Miso Rendor repoussa le garde du corps inerte recouvrant l’écrivaine d’un geste du pied. Puis, il attrapa Nova par le bras pour l’aider à se lever. Ou pour l’afficher face à la foule, seule Neura’i le savait. La longue chevelure ivoire de la jeune femme eut à peine le temps d’apparaître qu’une liesse populaire souleva les cœurs. Ses yeux dorés se perdirent un instant sur le sang suintant sur ses vêtements et retrouvèrent le cadavre que d’autres droïdes embarquaient déjà.  
— Mademoiselle Vesperis se porte à merveille. La séance de dédicace ne peut néanmoins pas se poursuivre dans de telles conditions, affirma le maire d’une voix de baryton. N’est-ce pas ?
Une pression discrète s’exerça sur le bras de Nova qui sursauta légèrement et reprit maladroitement son sourire, celui qu’elle se devait d’arborer et qu’elle venait d’oublier.
— Je… Oui. Je me porte à merveille. La séance de dédicace ne peut néanmoins pas se poursuivre dans de telles conditions.
Peu importait qu’elle se contentât de répéter les paroles du maire.
Elle avait parlé.
Les adorateurs s’en satisfirent.   

Chapitre 2

L’écran disparut. Finie la lumière des projecteurs. Bonjour les ténèbres du complexe bibliothécaire. Sonnée, Nova se remémora ses dernières heures.
Son arrivée au Nexus.
Une foule compacte s’y pressait, l’acclamait et lui réclamait une dédicace de son dernier best-seller.
Comme d’habitude.
Son installation sur l’estrade et sur cette table de 5,57 mètres de long. Transparente, évidemment. Les adorateurs pouvaient ainsi la scanner en toute liberté et trouver les références de ses vêtements — disponibles dans la boutique de luxe Mercure au cinquième étage, 1’12 minutes de marche, 7 500 crédits. Notation : 4,9/5.
La voix rassurante des haut-parleurs du Nexus. Des sourires, des projections et de la musique feutrée.
Et puis, ce regard étrange. Vivant. Très vivant. Trop vivant. Ardent. Brûlant. Bouillonnant. Un homme. Il l’avait interpellée avant même de grimper sur l’estrade. Profil inconnu. Il était monté. Le froissement du tissu, le canon dans sa direction, sans doute un cri. Elle ne savait plus. Juste… Cette explosion. Roan Jager, son garde du corps, s’était interposé. Son bouclier plasmique avait lâché. Elle ne pensait pas que ce fût possible. L’instant d’après, il s’était écroulé sur elle, les yeux ouverts, le cou ensanglanté. L’odeur métallique lui retournait encore le ventre. Elle ne pouvait plus la dissocier de ces pupilles dilatées qui fixaient le ciel…
Roan…
— Comment a-t-il pu pénétrer dans le Nexus ? s’agaça Miso.

À suivre…